Publié le 13/05/2009 à 12:00 par acing
Solidarité
Je pense que la solidarité vis-à-vis d’un peuple, d’une nation, d’une famille naît de la douleur et non de la joie. On se sent plus proche de quelqu'un qui a subi avec vous une épreuve pénible que de quelqu'un qui a partagé avec vous un moment heureux. Le malheur et la souffrance sont source de solidarité et d'union alors que le bonheur divise. Pourquoi ? Parce que, lors d'un triomphe commun, chacun se sent lésé par rapport à son propre mérite. Chacun s'imagine être l'unique auteur d'une commune réussite. Cela crée des jalousies. Combien de pays se sont entretués après avoir lutté pour leur indépendance ? Combien de familles se sont divisées à l'heure d'un héritage ? Combien de groupes musicaux n’ont pu rester soudés malgré leur succès ? Combien de mouvements politiques ont éclaté, le pouvoir pris ? Étymologiquement, le mot « sympathie » provient d'ailleurs du grec sumpatheia qui signifie « souffrir avec ». De même « compassion » est issu du latin compassio signifiant lui aussi « souffrir avec ». C'est en imaginant la souffrance des martyrs de son groupe de référence qu'on peut un instant quitter son insupportable individualité. C'est dans le souvenir d'un calvaire vécu en commun que résident la force et la cohésion d'un groupe, d'une communauté. Ne l’oublions jamais.
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Publié le 19/02/2009 à 12:00 par acing
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Elles étaient six
Le logis près de la Synagogue était pauvre, mais son aspect si chaleureux, si accueillant que l'on n'y percevait aucune tristesse. Dans la cuisine, la mère (Nan Nah) aux beaux yeux marrons, faisait griller ses poivrons odorants sur un "canoun" incandescent. Le père les avait quittées après quelques années à attendre la mort, sans parler, sans pouvoir expliquer la tristesse de ses yeux. On entendait un bruit régulier, intermittent, venant de la chambre du fond, séparée de la cuisine par un rideau chatoyant. Les sœurs s'acharnaient en "pédalant" sans relâche, elles désignaient ainsi leur travail qu'elles commençaient très tôt le matin et n'arrêtaient que tard le soir. La couture, c'était l'unique ressource de la famille, et la chance de pouvoir poursuivre dignement le chemin de la vie.
Et puis, l'une après l'autre, l'une aidant l'autre, toujours les unes chez les autres, partageant les joies de l'une, l'ascension de l'autre, toujours unies, toujours ensemble, elles poursuivaient leur route qui semblaient tracée, prédestinée, dont elles pressentaient la trame. Les mariages, les naissances, les morts, elles traversaient ces jours heureux, ces jours tragiques, resserrant les liens tout en joie, tout en souffrance, tout en partage. Les enfants de l'une, étaient les enfants de l'autre. Les six sœurs étaient là, présentes, faisant corps avec leur maison, leur ville, leurs coutumes, leur croyance, leurs racines, avec la certitude d'appartenir à ce sol, à ce petit coin de terre qui les avait vu naître, rire, pleurer, espérer, toujours ensemble.
La guerre, elles l'avaient vécue, subie. Leur frère en était revenu, diminué, blessé, marqué. Les privations, les souffrances, les années les plus douces, les six sœurs continuaient de les partager, souvent prises par leur destin personnel, mais ensemble pour affronter le destin commun
Pendant cette horrible guerre elles sont toujours là, allumant leurs veilleuses, priant avec ferveur dans ce patois franco-arabo-hispano-hébraïque, si chantant dans ma mémoire, toujours ensemble, effrayées par ce qui se passe au loin, espérant que leurs ardentes prières seront entendues et ignorant pourtant l'horreur engendrée par un prestidigitateur fou. Et puis les Américains arrivent. Ils vont tout arranger, les enfants vont revenir. Le soleil va de nouveau se lever pour tous...
Et tout à coup, ceux du même terroir qui les entouraient, avec qui elles ont vécu, ceux dont elle connaissait la langue, les coutumes, dont elles partageaient la vie, ceux-là vont devenir des ennemis et elles des étrangères dans leur propre pays.
Il faut quitter cette terre à laquelle tout les attachait: les rues, le soleil, le ciel si bleu, le cimetière ou repose des générations d'êtres chers, les souvenirs, les promenades dans les rochers, les concerts de l'orchestre prestigieux, les défilés militaires, les "fantasias", tout un passé, encore un présent qui devait être un avenir dans la poursuite logique de leur existence. Elles croyaient pourtant, les six sœurs, qu'un jour elles reposeraient ensemble, comme elles avaient vécu, en ce petit cimetière, ou poussaient, sans les avoir plantés, les lauriers roses, le jasmin odorant. L'Histoire a tout bouleversé. Et c'est ainsi que ces six sœurs de là-bas... jamais séparées dans la vie, reposent maintenant, l'une et l’autre à Nîmes, une autre à Toulon, la quatrième à Marseille, la cinquième à Valence et la sixième Dieu seul sait ou, ces villes de France dont elles n'avaient jamais rêvé. Je sais qu'elles se sont retrouvées, dans ce ciel... là-bas ... Quelque part dans l'Oranais... à Saïda.
Publié le 07/02/2009 à 12:00 par acing
Cher Monsieur,
Je vous écris pour vous remercier d'avoir refusé le chèque qui m'aurait permis de payer le plombier le mois dernier. Selon mes calculs, trois nanosecondes se sont écoulées entre la présentation du chèque et l'arrivée sur mon compte des fonds nécessaires à son paiement.
Je fais référence, évidemment, au dépôt mensuel automatique de ma pension, une procédure qui, je dois l'admettre, n'a cours que depuis huit ans. Il faut d'ailleurs vous féliciter d'avoir saisi cette fugace occasion et débité mon compte des 30€ de frais pour le désagrément causé à votre banque. Ma gratitude est d'autant plus grande que cet incident m'a incité à revoir la gestion de mes finances. J'ai remarqué qu'alors que je réponds personnellement à vos appels téléphoniques et vos lettres, je suis en retour confrontée à l'entité impersonnelle, exigeante, programmée, qu'est devenue votre banque. A partir d'aujourd'hui, je décide de ne négocier qu'avec une personne de chair et d'os.
Les mensualités du prêt hypothécaire ne seront dorénavant plus automatiques mais arriveront à votre banque par chèques adressés personnellement et confidentiellement à un(e) employé(e) de votre banque que je devrai donc sélectionner. Soyez averti que toute autre personne ouvrant un tel pli consiste en une infraction au règlement postal.
Vous trouverez ci-joint un formulaire de candidature que je demanderai à l'employé(e) désigné(e) de remplir. Il comporte huit pages, j'en suis désolée, mais pour que j'en sache autant sur cet employé(e) que votre banque en sait sur moi, il n'y a pas d'alternative. Veuillez noter que toutes les pages de son dossier médical doivent être contresignées par un notaire, et que les détails obligatoires sur sa situation financière (revenus, dettes, capitaux, obligations) doivent s'accompagner des documents concernés.
Ensuite, à MA convenance, je fournirai à votre employé(e) un code PIN qu'il/elle devra révéler à chaque rendez- vous. Il est regrettable que ce code ne puisse comporter moins de 28 chiffres mais, encore une fois, j'ai pris exemple sur le nombre de touches que je dois presser pour avoir accès aux services téléphoniques de votre banque. Comme on dit : l'imitation est une flatterie des plus sincères. Laissez-moi développer cette procédure.
Lorsque vous me téléphonez, pressez les touches comme suit : Immédiatement après avoir composé le numéro, veuillez presser l'étoile (*) pour sélectionner votre langue.
Ensuite le 1 pour prendre rendez-vous avec moi
Le 2 pour toute question concernant un retard de paiement.
Le 3 pour transférer l'appel au salon au cas où j'y serais.
Le 4 pour transférer l'appel à la chambre à coucher au cas où je dormirais.
Le 5 pour transférer l'appel aux toilettes au cas où je coulerais un bronze.
Le 6 pour transférer l'appel à mon GSM si je ne suis pas à la maison.
Le 7 pour laisser un message sur mon PC. Un mot de passe est nécessaire.
Ce mot de passe sera communiqué à une date ultérieure à la personne de contact autorisée mentionnée plus tôt.
Le 8 pour retourner au menu principal et écouter à nouveau les options de1 à 7.
Le 9 pour toute question ou plainte d'aspect général. Le contact sera alors mis en attente, au bon soin de mon répondeur automatique.
Le 10, à nouveau pour sélectionner la langue.
Ceci peut augmenter l'attente mais une musique inspirante sera jouée durant ce laps de temps. Malheureusement, mais toujours suivant votre exemple, je devrai infliger le prélèvement de frais pour couvrir l'installation du matériel utile à ce nouvel arrangement.
Puis-je néanmoins vous souhaiter une heureuse, bien que très légèrement moins prospère, nouvelle année ?
Respectueusement,
Votre humble cliente.
(Souvenez-vous : ceci fut écrit par une dame âgée de 86 ans)
N'ADOREZ-VOUS PAS LE 3ème AGE ? Ne contrariez pas les vieilles
dames. Elles sont déjà contrariées d'être veilles, il n'en faut pas
beaucoup plus pour les mettre en colère... respectueusement !!! ------
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Publié le 29/01/2009 à 12:00 par acing
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Le Pardon
Dans une île imaginaire, vivent tous les sentiments et toutes les valeurs humaines : la Bonne Humeur, la Tristesse, la Sagesse... ainsi que tous les autres, y compris le Pardon.
Un jour, on annonça sur l'unique chaîne de télévision que l'île allait être submergée.
Tous commencèrent à préparer leurs embarcations pour s'enfuir.
Seul le Pardon resta, attendant jusqu'au dernier moment.
Quand l'île fut sur le point de disparaître, le Pardon décida de demander de l'aide.
La Richesse passa dans un bateau luxueux et le Pardon lui dit : "Richesse, peux-tu m'emmener ?"
"Je ne le peux pas car j'ai beaucoup d'or et d'argent dans mon bateau et il n'y a pas de place pour toi".
Alors le Pardon décida de demander à l'Orgueil qui passait dans un magnifique bateau : "Orgueil, je t'en prie, emmène-moi".
"Je ne peux pas t'emmener, Pardon, tu pourrais détruire la perfection qui règne dans mon bateau".
Ensuite, le Pardon demanda à la Tristesse qui passait par là :
"Tristesse, je t'en prie, emmène-moi."
"Oh ! Pardon", répondit la Tristesse, "je suis si triste que j'ai besoin de rester seule".
Ensuite la Bonne Humeur passa devant le Pardon, mais elle était si heureuse qu'elle n'entendit pas qu'on l'appelait.
Soudain, une voix dit : "Viens ici, Pardon je t'emmène avec moi".
C'était un vieillard qui l'avait appelé.
Le Pardon était si heureux et si rempli de joie qu'il en oublia de lui demander son nom.
Arrivés sur la terre ferme, le vieillard s'en alla.
Le Pardon se rendit compte combien il lui était redevable et demanda au Savoir : "Savoir, peux-tu me dire qui est celui qui m'a aidé ?"
"C'est le Temps", répondit le Savoir".
"Le Temps ?", demanda le Pardon. "Pourquoi le Temps m'aurait-t-il aidé ?"
Le Savoir, plein de sagesse, répondit : "Parce que seul le Temps est capable de comprendre combien le Pardon est important dans la vie".
Depuis, le Pardon pardonne mais n'oublie pas...
Publié le 19/01/2009 à 12:00 par acing
[COLORAN, mon quartier : Eckmuhl
mon quartier ? alors allons-y : Il était une fois....non, ce n'est pas un conte, c'est la vérité car Eckmuhl, c'était plus qu'un quartier. c'était une ville dans la ville. d'ailleurs, comme dans toutes les villes, il y avait la "porte d'Eckmuhl" qu'on appelait aussi la porte de Tlemcen qui permettait d'y entrer. C' est (je parle au présent parce que j'y suis) le carrefour constitué par les rues de Tlemcen qui monte de la ville, l'avenue Colonel Ben Daoud et l'Avenue Jules Ferry, l'Avenue d'Oujda qui traverse Eckmuhl et la route du Ravin Raz-El-Ain qui descend à la marine. Et dès qu'on a passé la porte de Tlemcen, quel changement ! déja l'air qu'on y respire est plus pur, tellement parfumé : les jours de brise légère, un doux parfun de café vient chatouiller nos narines. c'est jour de torréfaction aux cafés Nizière dont l'usine se trouve sur l'avenue. sensation qu'on ne peut exprimer par des mots. un bonheur olfactif. Et puis, lentement, pour ne rien manquer au passage, on avance . on est à Eckmuhl sur les trottoirs, les Eckmuhliens vont et viennent. tous sourient. ils n'ont pas de soucis ? bien sur que oui. comme tout le monde mais ici, les soucis on les garde pour soi et on ne partage que la bonne humeur. à Droite, voilà la Bijouterie Crestou. Mr et Mme Crestou son des gens charmants et d'une gentillesse extrème. C'est ici je j'ai acheté la bague de fiançailles offerte à ma dulcinée, puis les alliances gravées (gratuitement à l'interieur avec nos initiales et la date de mariage). J'ai encore le petit coffret.
je suis donc Avenue d'Oujda, devant la bijouterie Crestou. Juste en face, j'ai la Clinique du Docteur Gasser. cette clinique ressemble plutôt à une grande villa au fond d'un jardin bien entretenu. un petit bassin et deux ou trois bancs. C'est tout. C'est dans cette clinique qu'est née ma fille ainée, un soir de bouclage par les gardes-mobiles de notre ami le Général Katz. je continue donc sur l'avenue. une librairie papeterie, le bureau de poste déjà très vétuste et un bar. Je ne vais pas vous les citer tous, les bars, sinon vous allez encore mal me juger. Celui-ci cependant le mérite. en effet la tenancière s'appelle Philomène. Oui, Philomène!! vous en connaissez beaucoup des Philomène? Moi c'est la seule. C'est une "vieille". dans les années 50, elle a la soixantaine mais quelle gentillesse ! Bon, je continue. Près du bar de Philomène (je ne me lasse pas d'écrire son nom) le Grand magasin d'Eckmuhl : "La maison Kalfon" lingerie, nouveautés, chaussures, on y trouve tout et en plus la maison fait crédit. je n'insiste pas. Mitoyen à la maison Kalfon, le marché d'Eckmuhl. Quel marché ! déjà à l'avant-garde avec des stalles agencées, de larges allées et toujours d'une propreté irréprochable. Et les commerçants très aimables. J'ai quelques noms qui me reviennent : Bénadi le boucher, Caramante l'épicier, Pitchon un autre boucher que j'ai revu à Nîmes à Santa Cruz, Lopez le poissonnier, Hernandez, etc... A peu près face au marché, le cinéma Plaza. qui est allé dans ce cinéma ne peut plus l'oublier. Un hall d'entrée avec un guichet au centre, sur les murs peints, des portraits des stars de l'époque signés Studio Harcourt et deux affiches : le film de la semaine et le film de la semaine prochaine. A Droite l'entrée pour la salle, à gauche l'entrée pour le balcon. Dans la salle, les sièges étaient en bois et se relevaient avec un bruit qui aurait réveillé les plus grands dormeurs. que de souvenirs dans ce cinéma : "le train sifflera trois fois", "Graine de violence" , "Spartacus", "Mr Verdoux"...je pourrais en citer d'autres mais vous les connaissez aussi bien que moi. Ce cinéma avait un grand avantage : il appartenait à Monsieur Castelli de même que d'autres cinémas de la ville et les films passaient là en première vision - c'était le terme - en même temps qu'à l'Empire, l'Olympia et au Familia à la marine.
En sortant du cinéma, je traverse l'avenue pour regarder la grande vitrine du magasin de nouveautés : "Les Galeries d'Eckmuhl ." C'est le concurrent direct de la " Maison Kalfon " mais avec des articles un peu plus haut de gamme. Et la, un croisement : A Droite la rue Charleroi, MA rue. Assez large avec juste au coin une fontaine et le premier commerce, c'est un loueur de vélo. Tout le monde l'appelle " Sokrane ", ivrogne en arabe. Il loue des vélos à la demi-heure ou à l'heure. Tous les gosses du quartier sont ses clients, et pour les rappeler à la fin de la location, il a un sifflet de policier. Mais comme la plupart du temps il est rond comme une queue de pelle, les locations durent longtemps, longtemps.. Toujours dans la rue Charleroi, une boulangerie, un magasin de vaisselle " Boccado " et aux croisements de la rue Joseph Oliva, deux épiceries puis au N° 8, mon immeuble avec à coté une autre boulangerie.
Ce N° 8 ! quelle maison….sa concierge, madame Alonzo qui régnait sur l’immeuble en y faisant respecter l’ordre et la loi ! et ce n’était pas facile avec les garnements que nous étions. Les familles Pinto, Hernandez, Sanchez, Benadi, Dahan, Julia, Candéla et j’en oublie….Une seule famille avec ses ententes et ses discordes.
Un peu plus haut sur l'avenue d'Oujda, un bureau de tabac, le magasin d'électro-ménager Phillips de Mr Ruiz que j'ai retrouvé à Nimes, puis l'Ecole des sœurs que j'ai fréquentée en 1942 sous les lois de Vichy. Mais ceci est une autre histoire. Face à l'école des sœurs, une boucherie de Mr Ganancia. La boucherie la plus chère d'Eckmuhl et à coté la droguerie de Monsieur Santa qui vendait de tout. Il était aussi herboriste. Son frère est pharmacien un peu plus haut sur l'avenue. Et puis un endroit de rêve pour les jeunes que nous sommes : le " Bar de l'Avenir ". lieu de réunion ou nous faisions les concours de Baby-foot et ou il y a eu le premier Scopitone que j'ai vu.
Voilà Eckmuhl, mon quartier dans ma ville…….
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Publié le 11/01/2009 à 12:00 par acing
Vieillir
Vieillir en beauté, c'est vieillir en douceur ;
Sans remords, sans regrets, sans même regarder l'heure ;
Aller de l'avant, arrêter d'avoir peur ;
Car, à chaque tournant, se rattache un bonheur.
Vieillir en beauté, c'est vieillir âme et corps ;
Le garder sain dedans, souriant au dehors.
Ne jamais abdiquer, même devant l’effort.
L'âge n'a rien à voir avec l’heure de la mort.
Vieillir en beauté, c'est donner un coup de pouce
À ceux qui sont perdus tout au fond de la brousse,
Qui ne croient plus du tout que la vie peut être douce
Dans un monde égoïste ou plus rien ne repousse.
Vieillir en beauté, c'est vieillir lentement.
Ne pas trop regretter ses souvenirs d'antan.
Être fier des enfants et des petits-enfants,
Car, pour être heureux, on a toujours du temps.
Vieillir en beauté, c'est vieillir dans l’amour,
Savoir tout donner, rien attendre en retour ;
Car, où que l’on soit, et quelque soit le jour,
Il y a quelqu'un à qui l’on dit bonjour.
Vieillir en beauté, c'est vieillir dans l’espoir ;
Être content de soi en se couchant le soir.
Et lorsque viendra le point de non-retour,
Se dire qu'au fond, la vie ne fut qu’un temps d’amour
[i]C.S. 25.10.2008[/i]
Publié le 02/01/2009 à 12:00 par acing
regardez cet arbre : il ne vous rappelle rien?
Publié le 02/01/2009 à 12:00 par acing
[SIZELa soixantaine
Malgré les années qu'on moissonne,
Les cheveux gris qui s'additionnent,
On reste quelque part en dedans,
Toujours aussi jeune qu'avant,
Quand on atteint la soixantaine...
Malgré l'apparente faiblesse,
Un accordéon de tendresse,
Remplit nos cœurs silencieux,
Et met des larmes dans nos yeux.
Quant on atteint la soixantaine...
Un enfant qui sourit,
Et nous voilà conquis !
Malgré un passé qui s'étire,
Malgré l'avenir qui soupire,
On garde toujours dans ses mains,
Tout ce qu'on a glané de pain,
Aux abords de la soixantaine...
Toutes les saisons que l'on donne,
Toutes les amours qu'on pardonne,
Font de nous des gens plus heureux,
Des assoiffés d'un peu de bleu,
Comme autrefois, à la vingtaine...
Avec une infinie sagesse
On distribue force largesses,
On voudrait arrêter le temps,
Vivre sa vie par en avant,
Pour oublier la soixantaine...
Dans un chant qui frémit,
On s'accroche à la vie !
Dans la grande valse du monde,
Où tant de beautés surabondent,
Qu'est-ce donc qu'une année de plus,
Au calendrier des vertus
Quand on n'a que... la soixantaine !
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Publié le 25/12/2008 à 12:00 par acing
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LA RACE DES PIEDS-NOIRS
Petite-fille…souviens-toi
Cette histoire est une pure fiction. Je veux dire que les personnages n’ont pas existé, les faits ne se sont pas produits, rien de tout cela est réel. Cependant, tout est vrai. En effet, quel grand-père n’a pas raconté sa vie et la vie de toute sa famille à un de ses petits-enfants ? Quel Pieds-Noirs n’a pas eu les larmes aux yeux en pensant à ce qu’il avait laissé sur sa terre natale ? Quel déraciné, en lisant cette modeste nouvelle ne va pas la faire sienne ?
C.S.
La petite-fille : Dis papy, c’est quoi cette boite ?
Ma petite, c’est une longue histoire. Cette boite renferme ce qui est pour moi le plus grand des trésors : Cent trente ans de notre histoire marquée par des joies et des peines. Ces quelques photos qui sont là dans cette boite, c’est tout ce qu’il me reste aujourd’hui.
Tu le sais, je suis ton grand-père. Eh bien moi aussi j’ai eu un grand-père et c’est lui qui un jour, a quitté son pays pour venir à l’aventure dans un pays inconnu, inondé de soleil mais aussi plein de pièges, sur un autre continent : L’Afrique.
Après un long et pénible voyage avec ses compagnons, le bateau sur lequel il avait embarqué a jeté l’ancre dans une belle baie qui paraissait accueillante. C’était Mers-El-Kébir.
L’arrière pays était magnifique. De grandes plaines s’étendaient à perte de vue, mais elles étaient incultes, marécageuses et infestées de moustiques et autres insectes. C’est dans cette région que mon grand-père s’est établi, sur les terres qui lui ont été concédées par l’autorité de son pays natal : La France.
Mon aïeul s’est ensuite marié avec une toute jeune fille venue elle aussi d’un autre pays, l’Espagne. Ils ont eu cinq enfants : Deux filles et trois garçons. Les trois militaires que tu vois sur cette photo toute jaune sont mon père et ses deux frères. En 1914, comme tous les Français, mon père a été mobilisé et avec ses deux frères, ils sont allés en France défendre leur pays contre ses ennemis.
Sur les trois frères partis à la guerre, un seul est revenu sain et sauf : mon père. Ses deux frères ont été tués ; l’un dans la Somme, l’autre nul ne sait ce qu’il est devenu. Son corps n’a jamais été retrouvé.
Pendant toute la durée de cette sale guerre, c’est ma grand-mère, aidée par les indigènes du petit village où nous étions qui s’est occupée de la ferme.
Dis-moi, papy, c’est quoi un indigène ?
Les indigènes sont les habitants de ce pays et qui étaient déjà ici lorsque nous sommes arrivés. Certains nous ont bien accueillis, d’autres non. Tous étaient très pauvres. Ils n’avaient aucune organisation. Ils vivaient en tribu ou dans des petits villages appelés douars. C’est nous qui leur avons appris à cultiver, à irriguer. En effet ce pays n’était pas le pays que tu as connu. Il n’y poussait pas grand-chose. Pourtant la terre est bonne, le soleil est là ; il n’y manquait que la volonté, le courage et l’organisation.
Tu vois cette photo ? Près de moi, il y a Kouider. Kouider est un indigène qui travaillait pour nous. Il était intelligent, travailleur et savait se faire obéir des autres indigènes. Il est devenu notre métayer. Lui aussi à fait la guerre dans l’armée Française. Il était dans les zouaves et s’est bien battu pour la France. Il est revenu avec des décorations militaires dont il était très fier. Il les faisait admirer à tous les habitants du village.
Le Fils de Kouider, Lahouari que tu vois sur cette autre photo assis près de ton papa, allait à l’école avec nous. Il était aussi gentil et aussi courageux que son père. S’il est encore vivant, je suis persuadé qu’il pense souvent à nous tous.
Tu sais, mon enfant, nous avons été jeunes nous aussi. Nous vivions très simplement à la ferme. Nos parents travaillaient dur et malgré cela, ils étaient pauvres. Aucune dépense superflue ne leur était possible. Malgré leur envie, ils ne pouvaient nous acheter des jouets. Alors on fabriquait nous-même les nôtres. Avec de gros élastiques, nous confectionnions des sortes de lance-pierres qu’on appelait « Estac ». On s’en servait pour tirer sur les moineaux. On jouait aussi aux billes ou au « petits tas » avec des noyaux d’abricots que l’on appelait « pignols ». Tu vois, nous n’avions pas de beaux jouets comme ceux que vous avez maintenant, mais nous étions tout de même satisfaits de notre sort, et heureux dans notre nouvelle existence.
Lahouari parlait très bien le Français. Ses enfants sont allés très jeunes en classe. D’abord à l’école primaire du village, puis au collège Ardaillon à Oran, ce même collège ou ton père a fait ses études. Ils ont bien réussi puisque l’un d’eux était fonctionnaire aux P.T.T., et l’autre a fait carrière dans l’armée française.
Nous, nous parlions assez bien l’Arabe. Le soir, après le travail, nous avions de longues conversations avec les habitants du village. Nous parlions de la pluie, des travaux à effectuer, des enfants, mais jamais de politique.
Nos voisins qui avaient eux aussi une ferme, étaient Espagnols. Ils avaient appris un peu le Français et nous, un peu l’Espagnol. Et c’est du mélange du Français, de l’Espagnol et de l’Arabe qu’est née notre façon de parler, notre patois à nous, les Pieds-Noirs.
Ces voisins eux aussi étaient très durs à la besogne. Ils n’avaient pas leurs pareils pour faire pousser, au début sur des terres incultes, des poivrons, tomates, oignons, aubergines avec lesquels ils confectionnaient leur plat favori : La tchouctchouka. C’était un plat délicieux qu’ils partageaient volontiers avec nous. Un vrai régal.
Il y avait bien sûr d’autres fermiers autour de nous : des Italiens, des Maltais, des Juifs. Chacun entretenait ses propres coutumes, mais aussi en faisait profiter les autres. C’est ainsi que la cuisine de chacun, les fêtes de chacun étaient bien souvent partagées par tous, sans aucune arrière-pensée, en toute fraternité.
Ainsi, en quelques générations a été forgée cette race. La race des Pieds-Noirs, hommes et femmes semblables à tous les autres mais dans le fond tellement différents. Différents par la langue, la religion, l’origine, la race, le milieu social, ils sont forgés de la même matière : Le courage et la foi dans l’avenir.
Grand-Père, comment viviez-vous ?
Nous vivions heureux. La vie, je te l’ai déjà dit n’était pas facile, loin de là. De père en fils nous avons travaillé la terre. Nous avons transpiré par tous les temps pour donner à cette contrée sauvage la richesse qu’elle a maintenant. Il n’y avait pas de jours fériés, pas de Samedi, Pas de Dimanche. Jour après jour, trois cent soixante cinq jours par an, nous étions tous au travail. C’est pour cela que nous étions respectés par nos ouvriers. Nous avons travaillé autant qu’eux et aussi durement, sinon davantage.
C’est ainsi que nous sommes arrivés à bâtir ce que tu connais : Cette belle propriété avec des vignes, des arbres fruitiers, des orangers et mandariniers parfumant l’air jusqu’à des kilomètres à la ronde, le tout sur une terre devenue riche par notre travail.
A la période des vendanges, c’était magnifique. Tous, grands et petits, hommes, femmes, enfants, étaient là sous le soleil. Que de rires, que de chansons interrompues parfois par le cri des chefs d’équipes de vendangeurs : « Guetta ! Guetta ! » Ce qui veut dire: « coupe ! coupe ! ». Et on coupait ; des grappes de raisins gorgés de soleil que l’on mettait dans nos hottes en osier. Celles-ci étaient ensuite vidées dans de grands tombereaux de bois tirés par des chevaux. Nous avions seulement deux tombereaux car nous n’avions que deux chevaux : Sully un cheval arabe très docile, qui aimait beaucoup les enfants, et Mouna, une jument au caractère indépendant. Il fallait beaucoup d’autorité pour se faire obéir mais elle était très attachante et jouait avec les enfants, sans essayer de leur faire du mal.
Est-ce que vous aussi vous faisiez des fêtes ?
Bien sûr ! Nous fêtions les mêmes fêtes que nous célébrons ici en France : Noël, Pâques que presque tous les habitants du village fêtaient avec nous quelle que soit leur religion. Les Arabes, eux, fêtaient l’Aïd el Srir et l’Aïd et Kébir. Ils abattaient un mouton, et c’est autour d’un grand méchoui que nous nous réunissions tous pour partager le festin. Les Juifs eux, fêtaient le Grand Pardon et nous ne manquions pas le soir venu, d’aller leur souhaiter bonne fête. Ils avaient aussi la Pâque, fête pendant laquelle, huit jours durant, ils ne mangeaient pas de pain. A la fin de cette fête, nous nous faisions un devoir de leur apporter la Mouna, un gros gâteau que tu connais puisque ta grand-mère le confectionne encore. Ils avaient aussi la fête des gâteaux. A leur tour, ils en envoyaient un plat à tous leurs amis et connaissances, quelle que soit la religion.
A la fête des vendanges ou à la fête du village, on mangeait le « bousselouf », le couscous ou le méchoui. Ensemble, nous formions une grande communauté, prèsque une même famille. Nous partagions tout, aussi bien les peines que les joies de chacun.
Mais alors papy, si c’était si bien, pourquoi êtes-vous partis ?
Mon enfant tu sais, quand le bonheur est trop grand, il faut s’attendre à un orage. Alors la foudre peut tomber et tout détruire. C’est mon père – ton arrière-grand-père – qui résumait ceci en disant : « Nous sommes trop heureux ! Ca ne peut pas durer ! On fait sûrement des jaloux dans le monde ». C’est la raison pour laquelle il a encouragé ses enfants à faire des études afin de pouvoir se débrouiller seuls s’il fallait un jour quitter cette terre.
Et l’orage a éclaté. Et la foudre est tombée. Tout a basculé. Poussés par je ne sais quels démons, les agneaux que nous avions élevés sont devenus des loups sauvages. La peur et la sauvagerie ont succédé à l’hospitalité et au bonheur.
On a continué d’exister, bien sûr. On travaillait toujours autant, mais la joie et la confiance avaient disparu. On se méfiait de tout notre entourage. Souvent la nuit je me réveillais au moindre bruit suspect. Nos ouvriers avaient peur des rebelles et nous, nous avions peur de nos ouvriers. C’était un cercle vicieux.
Alors l’harmonie a peu à peu disparu. Nous étions tous méfiants, hargneux. Il y a bien eu une pèriode de joie et d’espoir en Mai 1958 où on est venu nous dire : « Je vous ai compris ! », nous dire que l’Algérie c’était la France et que nous resterions Français chez nous, en Algérie.
Nous aurions dû comprendre « Je vous hais ! compris ? », car on nous a honteusement menti. C’était une imposture. De jour en jour la vie est devenue impossible. Alors nous avons eu un dernier sursaut. La folie s’est emparée de tout un peuple qui ne demandait rien d’autre que de rester Français en Algérie Française.
Les drames se sont multipliés. Des horreurs ont été commises par tous, même entre européens, poussés à l’extrême et acculés au désespoir.
Tu vois ces deux dernières photos ; on devine à peine notre ferme. Tout a brûlé par une belle soirée d’été. Nous rentrions d’Oran avec ton père lorsque nous avons constaté le désastre. Il a alors fallu se résigner à fuir, abandonnant derrière nous plus d’un siècle de labeur et d’existence. C’en était vraiment fini de notre joie de vivre.
Papy, pourquoi ces larmes ?
Ces larmes, elles sont tout au fond de moi. Et, lorsque j’évoque ce passé à la fois si lointain et si proche, elles remontent du plus profond de mon âme vers mes yeux comme pour cacher les images que je voudrais ne plus voir.
Quoi que l’on fasse, où que l’on aille, quand la nuit tombe, j’ai cette déchirure qui me revient et je souffre. Je souffre de n’avoir pas su garder, avec tous les Pieds-Noirs, notre héritage du passé. Notre seul péché, c’est d’avoir voulu rester Français, Chez nous en Algérie.
Ne pleure plus, papy. Je suis là, moi. Tu sais combien je t’aime, combien nous t’aimons tous.
Tu es belle et gentille mon enfant. Tu dois maintenant penser à ton avenir. Cependant n’oublie pas que notre passé, c’est aussi ton histoire, tes racines. Elles doivent rester gravées dans ta mémoire. A ton tour, à l’aide des photos contenues dans cette boite et à ce que tu viens d’entendre, tu pourras raconter cette histoire à tes enfants qui, à leur tour la raconteront. Dis leur bien que tes parents, grands-parents et arrière-grands-parents étaient des héros et faisaient partie de cette race incomparable, la Race des Pieds-Noirs.
Cette boite de photos, elle est maintenant à toi. C’est mon seul bien. Je te le confie. Tu dois le garder précieusement. Tu me le promets ?
Oui papy, je te le promets.
C.S.
Janvier 2001
Publié le 24/12/2008 à 12:00 par acing
[SIZE=14IN Memoriam….
Ecoute, mon enfant, l’histoire de tes racines
Tranchées dans la douleur par l’Histoire assassine.
Tes ancêtres quittèrent le beau Royaume de France
Au règne de Louis-Philippe ; avides d’espérance,
Ils choisirent l’exil avec, pour tout viatique,
Leurs rêves et leurs espoirs et un courage unique.
Plutôt que de subir un futur incertain,
Ils partirent défricher l’âpre sol Africain.
Sur une terre aride de quelques acres incultes,
Du Destin et du Temps ils bravèrent les insultes,
Arrachant les lentisques, les ronces et les palmiers,
De la France lointaine ils furent les pionniers,
Eventrant un sol vierge de leurs humbles araires,
Maîtres de leur destins et, des puissants, les Pairs.
Sous le couvert des armes, sous la tente commune,
Ventre creux, ils dormaient d’un sommeil de fortune.
Ils souffrirent du trachome et de la malaria,
Travaillant comme des bêtes, pareils à des parias.
Ils pâtirent de la soif et de la dysenterie,
Contraints de s’abreuver d’une eau souvent croupie.
Ils virent le sirocco au souffle ravageur
Détruire en quelques heures des semaines de labeur,
Le feu de la sécheresse qui embrase les gorges
Faire les plus noirs charbons des plus rustiques orges,
Et les vols de criquets, bruissants nuages noirs,
S’abattre sur leurs blés et ruiner leurs espoirs.
Ils subirent traquenards, razzias et incendies,
Contraints, l’arme à la main, de préserver leurs vies,
Défendant, pied à pied, une parcelle inféconde
Qui valait, à leurs yeux, toutes les richesses du monde.
Parfois découragés, au grand jamais vaincus,
Cent fois ils reprenaient leur ouvrage abattu.
Ils s’usèrent à la tâche, vieillis bien avant l’heure
Inculquant à leurs fils le Courage et l’Honneur,
Ces vertus qui s’acquièrent quand, face à son destin,
L’Homme réfute la défaite et poursuit son chemin.
A force de labeur et de persévérance,
Leur terre porta enfin les fruits de leurs souffrances.
Ils bâtirent de leurs mains de modestes maisons
Où les familles, unies, fêtèrent la floraison.
Et les foyers fleurirent, au rythme des mariages…
Les minuscules hameaux se changèrent en villages.
Ils y tracèrent des rues, bâtirent une Mairie
Où flotta le drapeau de la mère Patrie.
Ils y creusèrent un puits, construisirent une école
Où vinrent s’asseoir en frères Ahmed, Isaac et Paul.
Ils dressèrent également une modeste stèle,
Inscrivant dans la pierre la mémoire fidèle
De leurs prédécesseurs, les Pionniers d’un autre âge,
Les défricheurs de terres, fondateurs du village.
Certaines communes portèrent des noms mis en exergue :
Turenne, Lamoricière, Kléber, Gaston Doumergue…
D’autres, des noms de victoires : Arcole et Rivoli,
Comme pour exorciser leur manque de Patrie.
Au fils des ans, ils firent des routes, des voies ferrées,
Apportant le progrès aux plus lointaines contrées.
Ils fondèrent des usines, des mines, des ateliers
Où vinrent gagner leur vie travailleurs par milliers.
Ils creusèrent des canaux portant l’irrigation,
Changèrent des terres arides en riches plantations,
Créant orangeraies, vignobles, oliveraies
Où ne poussaient jadis que chardons et ivraie.
Des dunes du bord de mer à celles des oasis,
Ils apportèrent la France au pays de ses fils.
Ils étendirent partout la civilisation,
Créant des dispensaires, développant l’instruction,
Démoustifiant les eaux des marécages putrides,
Combattant l’érosion qui fait des pentes vides,
Amenant l’eau courante et l’électricité
Aux villages isolés dans une immensité,
Donnant à leur pays richesses et expansion,
Ils firent l’admiration de plus d’une nation.
Sous l’égide de la France, dans une œuvre héroïque,
Ils bâtirent de leurs mains un pays magnifique,
Prospère, neuf et promis aux meilleurs lendemains,
Département Français aux rivages Africains.
De tes aïeux sois fier, mais sans ostentation ;
La grandeur va de pair avec la discrétion.
De leur gloire de Pionniers ne fais pas étalage ;
Garde-la dans ton cœur en précieux héritage.
A tes enfants, plus tard, tu diras leur Histoire,
Car nous portons en nous un devoir de Mémoire.
Méprise les ignorants qui nous disent racistes,
Profiteurs, exploiteurs, fats et colonialistes.
Ces qualificatifs font la caricature
D’une infime poignée de « Colons » purs et durs,
Des nantis, des puissants, sans commisération
Pour tous ceux qui trimaient sur leurs exploitations.
Ces gens n’ont jamais fait partie de notre monde,
Celui des besogneux de l’Algérie profonde Qui travaillaient en paix, cohabitaient en frères,
Dont les racines communes plongeaient dans une même terre.
Chrétiens, Musulmans, Juifs, tous enfants d’Abraham,
Montraient le même allant et la même grandeur d’âme.
Si ta vie, mon enfant, t’inflige des déboires,
Si tout semble perdu, si tu ne sais plus croire
Evoque leur grandeur, invoque leur mémoire,
Rassemble ton courage, reforge ton espoir
Et pense avec fierté « Je descends des Pieds-Noirs »
Pierre GUIBERTLe 10 juin 2002
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